La peau du corps est plus épaisse que celle du visage, mais pas partout — et c'est cette variation qui doit guider les concentrations. Un coude tolère 10 %. Une aisselle rasée la veille ne tolère rien. Appliquer la même lotion du dos aux plis, comme le fait la plupart des routines corporelles, est la cause la plus fréquente d'irritation.
Cartographier les zones avant de choisir la formule
Quatre familles de zones, quatre traitements distincts.
Les bras et les cuisses présentent souvent une texture granuleuse autour des follicules — un excès de kératine qui bouche l'orifice pileux. C'est l'indication la plus fréquente et celle qui répond le mieux.
Les coudes, genoux et talons ont une couche cornée nettement plus épaisse, avec une desquamation ralentie. Ils supportent des concentrations que le reste du corps refuserait.
Les aisselles et le maillot sont fins, occlus, et régulièrement rasés ou épilés. Ce sont les zones les plus fragiles du corps, souvent traitées comme les plus robustes.
Le dos et le décolleté sont riches en glandes sébacées et sujets aux imperfections, avec une peau intermédiaire.
Concentrations selon la zone
| Zone | Concentration | Fréquence | Format |
|---|---|---|---|
| Bras, cuisses | 5 à 8 % | 3 soirs/semaine | lotion fluide |
| Coudes, genoux | 10 à 15 % | 2 à 3 soirs/semaine | crème épaisse |
| Dos, décolleté | 5 à 8 % | 2 soirs/semaine | spray ou lotion |
| Aisselles, maillot | 3 à 5 % | 1 à 2 soirs/semaine | lotion, coton |
La règle qui découle du tableau : on ne transpose jamais une concentration d'une zone à l'autre. Une crème à 15 % conçue pour les coudes provoque une brûlure chimique sur un pli.
La surface corporelle étant grande, la quantité totale d'acide appliquée devient significative. Traiter tout le corps le même soir n'est pas une bonne idée : on alterne les zones.
L’acide glycolique est un acide alpha-hydroxylé, issu à l’origine de la canne à sucre. C’est le plus petit des AHA, ce qui explique qu’il pénètre plus vite que les autres — et pourquoi son utilisation sur le corps demande des concentrations différentes de celles du visage.
Cinq à huit pour cent conviennent aux bras et aux cuisses. Il peut être utilisé jusqu’à douze pour cent sur les coudes, les genoux et les talons, où la peau est nettement plus épaisse. Au-delà, les soins de la peau relèvent du cabinet, pas de la salle de bain.
Bras granuleux : le protocole
C'est l'usage le plus courant, et il donne des résultats visibles.
Après la douche, séchez complètement — une peau humide modifie le pH et rend la pénétration imprévisible. Attendez cinq minutes si nécessaire.
Versez l'équivalent d'une pièce de deux euros de lotion à 5 % dans la paume, pour chaque bras. Étalez sans friction pendant vingt secondes, en couche fine et régulière.
Laissez sécher deux minutes, puis appliquez un lait hydratant. Cette seconde étape n'est pas facultative : l'acide désagrège, l'émollient répare.
Trois soirs par semaine pendant quatre semaines, puis ajustez selon la tolérance. Les premiers résultats sur le grain apparaissent vers la troisième semaine.
Coudes, genoux et talons
Ces zones cumulent une couche cornée épaisse, une friction permanente et peu de glandes sébacées.
Une crème à 10 ou 15 % s'y justifie, appliquée en couche épaisse le soir, deux à trois fois par semaine. Sur les talons, l'occlusion sous une chaussette de coton pendant la nuit améliore nettement le résultat.
L'association avec l'urée — à 10 ou 20 % — est la plus efficace sur ces zones : l'acide désagrège les liaisons entre cellules, l'urée assouplit et retient l'eau. Beaucoup de formules corporelles les combinent d'ailleurs.
Un point souvent oublié : un talon fissuré ne doit pas recevoir d'acide. Il faut d'abord refermer, avec un soin réparateur simple.
Poils incarnés : ce qui marche et ce qui aggrave
Un poil incarné se forme quand le follicule est obstrué par des cellules mortes et que le poil, ne trouvant pas la sortie, repousse sous la peau.
L'acide glycolique agit sur la cause : il dégage l'orifice. C'est un usage pertinent, à condition de respecter le délai qui suit.
Vingt-quatre heures après un rasage, quarante-huit heures après une épilation. Ces deux gestes retirent une partie de la couche cornée et laissent des microcoupures : un acide appliqué dessus pénètre bien plus profondément que prévu, et le résultat est une brûlure.
Dans l'autre sens, on attend également vingt-quatre heures après l'acide avant de se raser.
Sur un poil déjà incarné et inflammé, l'acide n'est pas la réponse : il faut laisser la zone au repos, et ne jamais tenter d'extraire à la pince.
Sur les taches et les marques du corps
Le corps porte deux types de marques que l'acide glycolique aborde différemment.
Les hyperpigmentations post-inflammatoires — marques d'anciens boutons dans le dos, assombrissement des aisselles lié au frottement et au rasage — répondent bien, parce que le pigment reste superficiel.
Les lentigos solaires du décolleté et du dos des mains, eux, sont anciens et profonds : l'acide les atténue sans les effacer.
Dans les deux cas, la condition est la même que sur le visage : une protection solaire quotidienne sur les zones découvertes. Sans elle, on entretient ce qu'on cherche à corriger. Voir notre guide des taches brunes.
Sur l'assombrissement des aisselles en particulier, réduire le frottement et espacer les rasages agit davantage que n'importe quel acide.
Vergetures : ce qu'il faut savoir
La question revient systématiquement, et la réponse honnête est nuancée.
Une vergeture est une rupture des fibres du derme, pas un défaut de surface. Aucun exfoliant appliqué sur la peau ne répare une fibre rompue.
Ce que l'acide glycolique peut faire : améliorer légèrement la texture et l'aspect d'une vergeture récente, encore rouge ou violacée, en agissant sur la surface. Sur une vergeture ancienne, blanche et nacrée, l'effet est très limité.
Les approches qui montrent le plus de résultats associent plusieurs actifs sur plusieurs mois, et relèvent souvent d'un accompagnement professionnel.
Précautions propres au corps
- Le soir uniquement, et protection solaire sur les zones découvertes les jours suivants.
- Jamais sur peau lésée : coupure de rasage, irritation existante, plaque de frottement.
- Une zone à la fois. La surface corporelle est grande ; traiter tout le corps le même soir multiplie la quantité absorbée.
- Toujours un émollient après séchage.
- Pas de cumul avec un gommage mécanique, un gant de crin ou une brosse.
- Suspendre une semaine avant une exposition prolongée — vacances, montagne, sport en extérieur.
Un signal d'arrêt simple : si la sensation de chaleur dépasse quelques minutes ou si une rougeur persiste le lendemain, la concentration ou la fréquence est trop élevée pour cette zone.
La photosensibilité vaut aussi sur le corps : les bras et les jambes traités demandent une protection solaire pendant plusieurs jours. C’est le point le plus souvent oublié, parce qu’on pense écran solaire pour le visage seulement.
L’acide glycolique peut être utilisé une à deux fois par semaine, jamais après un rasage ni sur une peau irritée. Son utilisation régulière donne de meilleurs résultats qu’une application intensive suivie d’une pause.
Ce que l'acide glycolique ne fait pas sur le corps
Il ne traite pas la cellulite, qui relève de l'organisation du tissu adipeux sous-cutané et non de la couche cornée.
Il ne répare pas une vergeture installée, pour la raison donnée plus haut.
Il ne réduit pas la transpiration. Sur les aisselles, il peut modifier l'environnement des bactéries responsables de l'odeur, sans agir sur le flux sudoral. Voir notre page sur l'acide glycolique et la transpiration.
Et il ne dispense pas d'hydrater. Sur le corps plus encore que sur le visage, l'exfoliation sans émollient derrière produit une peau lisse au premier jour et rugueuse au dixième. Voir notre fiche acide glycolique.
Avant l’acide, sur des bras granuleux
La rugosité des bras cède souvent à un geste mécanique doux, sans qu’il faille engager un acide et son calendrier de tolérance. Un savon exfoliant bio à la figue de barbarie sous la douche fait ce premier essai — si la surface reste irrégulière après quelques semaines, alors l’acide se justifie.
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